C'est un modeste monastère isolé, au flanc de la montagne. Les moines, peu gourmands, subsistent grâce à leur potager et leurs chèvres dont ils tirent d'excellents fromages.
Chaque semaine, Frère Gaspard, le moine adjoint de l'économe, chargé comme un mulet de l'excédent de fromages, descend au village pour les vendre puis, chargé comme un mulet, il remonte au couvent les pesantes emplettes commandées par l'économe. Il en revient courbé, le dos scié, épuisé, rompu.
Le Père supérieur a observé que ce pauvre moine, ces soirs là, ne suit guère les complies et qu'il lui arrive même de s'endormir dans la dernière stalle, tout au bout de la rangée, qui lui est attribuée.
Un matin il appelle Frère Gaspard et lui dit :
- Si tu récites maintenant, devant moi, un "Notre Père" en entier et en ne pensant qu'à ce que tu dis, je te procurerai un âne pour aller au village et en revenir.
Frère Gaspard, ému, ravi, souriant, s'agenouille, joint les mains et prie à haute voix :
- "Notre père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, et est-ce que l'âne sera bâté pour porter les sacs, que ton ..."
D'un geste, le père supérieur arrête la récitation, bénit frère Gaspard et dit :
- Ni bât, ni âne. Va en paix !
Merci !